Près de sept petites et moyennes entreprises marocaines sur dix sont déjà engagées dans un processus de décarbonation, à des degrés variables. Ce constat ressort d’une enquête menée par la Banque européenne d’investissement dans le cadre du Trade and Competitiveness Programme, un dispositif cofinancé par l’Union européenne.
Cette étude constitue le troisième volet de l’enquête BEI UE consacrée aux défis des PME au Maroc. Réalisée auprès de 150 dirigeants, elle vise à identifier les principaux freins auxquels ces entreprises sont confrontées pour renforcer leur compétitivité dans un contexte international marqué par la transition vers une économie bas carbone et par une accélération des usages numériques.
Dans le détail, près de la moitié des entreprises interrogées ont déjà mis en place des initiatives concrètes de réduction de leur empreinte carbone. Un peu plus d’un cinquième dispose d’une stratégie clairement définie et appliquée de manière active. À l’inverse, une minorité marginale déclare ne pas envisager d’actions spécifiques dans ce domaine.
La dynamique devrait encore s’amplifier. Près de trois PME sur dix indiquent leur intention de lancer prochainement des mesures visant à limiter leurs émissions. Cette évolution s’inscrit dans un contexte national marqué par l’accélération de la stratégie marocaine en faveur d’une économie bas carbone.
L’enjeu prend une dimension particulière avec l’entrée en vigueur prévue en 2026 du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne. Sans démarche de mesure et de réduction de leur empreinte carbone, les PME marocaines intégrées aux chaînes de valeur concernées risquent de perdre en compétitivité et de voir leurs exportations vers le marché européen reculer. Les secteurs les plus exposés restent la sidérurgie, l’aluminium, le ciment, les engrais, l’électricité et l’hydrogène.
Pour accompagner cette transition, le Trade and Competitiveness Programme déploie, avec le soutien de partenaires financiers locaux, des sessions dédiées aux PME. Ces actions portent notamment sur la sensibilisation aux exigences environnementales des marchés internationaux et sur l’intégration de la décarbonation dans les modèles économiques.
L’objectif affiché est de permettre aux entreprises de transformer une contrainte réglementaire en levier de compétitivité, en particulier dans les chaînes de valeur orientées vers l’export. Dans cette optique, la Banque européenne d’investissement, en collaboration avec la Confédération générale des entreprises du Maroc, a élaboré un guide de décarbonation destiné aux entreprises.
La transition numérique progresse elle aussi à un rythme soutenu. Près de huit PME sur dix déclarent avoir engagé des efforts en matière de digitalisation. Pour un peu plus d’un cinquième des répondants, cet usage est jugé très avancé. Pour plus de la moitié, il atteint un niveau intermédiaire. Les entreprises les plus avancées s’appuient sur les outils numériques pour optimiser leurs opérations, leur stratégie marketing et leur développement à l’international.
Seule une PME sur dix estime encore que le manque de digitalisation constitue un frein majeur à son développement. Plusieurs dirigeants interrogés soulignent néanmoins la nécessité d’investir davantage dans la recherche et le développement, ainsi que dans la collaboration technologique, afin d’élargir les réseaux d’investissement et de financement.
Parallèlement, l’enquête met en lumière une perception largement partagée concernant les dispositifs d’accompagnement existants. Si une large majorité des dirigeants considère que les mécanismes en place au Maroc sont globalement suffisants, plus de la moitié estime qu’ils pourraient être améliorés.
Les attentes envers les organisations internationales restent élevées. Elles se concentrent principalement sur le soutien à l’innovation, aux transitions numérique et écologique, sur l’accompagnement à l’export et l’accès aux marchés internationaux, ainsi que sur les programmes de formation et de renforcement des compétences.
Les besoins exprimés par les PME dépassent désormais les seules demandes de financement direct. Le développement des compétences, l’appui à l’innovation et l’accompagnement stratégique apparaissent comme des priorités croissantes, devant l’octroi de subventions ou la facilitation de l’accès au crédit.
Les résultats de cette enquête confirment ainsi que le soutien aux PME marocaines doit s’inscrire dans la durée, en combinant financement, montée en compétences et appui à l’innovation pour accompagner durablement leur transition économique.




